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Les JEFP 2010-2011 étaient portées nationalement par Laurianne Georgeton (Laboratoire de Phonétique et de Phonologie) et Juliette Kahn (Laboratoire Informatique d'Avignon et Laboratoire Informatique de Grenoble)

22 Septembre 2010 : "MFCC vs Formants"

Journée portée par le Laboratoire de Phonétique et de Phonologie
Thème : Analyser et représenter la parole : MFCC vs. Formants
Intervenants : Cédric Gendrot (LPP), Emmanuel Ferragne (Paris 7 & DDL) et Jacqueline Vaissière (LPP)


26 Janvier 2011 :

Journée portée par le Laboratoire Informatique d'Avignon
Thème : Utiliser des outils automatiques pour l'étude de la parole (et de la voix) en pathologie
Intervenants : Corinne Fredouille (LIA), Alain Ghio (LPL) et Lise Crevier-Buchman (LPP)

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8 Juin 2011

Journée portée par le Laboratoire Informatique de Grenoble et Gipsa-Lab
Thème : Langues du monde : description, typologie et modèles acoustiques
Intervenants : Nathalie Vallée (GIPSA-Lab), Laurent Besacier (LIG) et Didier Demolin (GIPSA-Lab)

Laurent Besacier : Dans cet exposé, je présenterai le concept de modélisation acoustique multilingue et quelques unes de ses applications parmi lesquelles : l'amorçage de modèles acoustiques pour la construction de systèmes de reconnaissance automatique de la parole pour une nouvelles langue, la robustesse de ces systèmes aux accents. La possibilité de construire des systèmes autonomes, indépendants de la langue, sera aussi évoquée en fin d'exposé.

Nathalie Vallée : La typologie des systèmes linguistiques s’inscrit à la fois dans le champ de la linguistique descriptive et celui de la linguistique théorique. Depuis plusieurs décennies, la typologie des systèmes sonores des langues, inscrite dans les domaines de la phonétique et de la phonologie, a montré qu’elle était une démarche préalable à leur compréhension. Le classement par type complété d’une analyse comparative permet la mise en évidence d’universaux et de grandes tendances qui, associés à la recherche d’explications, permet d’éliciter et de comprendre la structure des systèmes sonores. L’exposé présentera les différentes étapes de l’étude typologique, de la constitution des banques de données à la démarche analytique et à la formulation d’hypothèses. Typologie, universaux, grandes tendances seront illustrés à travers des exemples précis aux niveaux segmental, syllabique et lexical. Une partie sera consacrée à l’apport de la phonétique expérimentale et de la modélisation dans l’explication et la prédiction des universaux phonologiques. Plus précisément, nous verrons comment les hypothèses issues de l’analyse typologique interrogent le lien entre phonologie et contraintes sensori-motrices.

Didier Demolin : Les systèmes sonores et les sons des langues parlées dans le monde sont d’une grande diversité. Les plus simples, par exemple celui du hawaïen, n’ont que 12 sons dans leur inventaire (Maddieson 1984), mais les plus complexes, parlés par les Boshimans !xun du Kalahari, ont jusqu’à 141 sons distinctifs dans leur répertoire (Koenig 2006). Pourquoi la forme des systèmes sonores et les sons des langues naturelles sont-ils aussi différents d’une langue à l’autre et d’une région du monde à l’autre ? Peut-on considérer qu’un système à 12 sons est moins complexe qu’un système qui en a 141 ? Pourquoi le nombre de moyen de phonèmes des langues tourne-t-il autour de 32 ? Sur quoi doit se fonder l’explication de la diversité des systèmes sonores des langues naturelles ? La diversité de la forme des systèmes sonores semble aller de pair avec la diversité des six mille langues parlées dans le monde. L’inventaire de Maddieson et Precoda (1990) basé sur un échantillon de 451 langues inclut 920 phonèmes. Les seules vraies limites des systèmes sonores sont les lois de la physique, la morphologie du conduit vocal humain et les contraintes sur le système auditif. Pour définir la complexité relative d’un système phonologique Lindblom et Maddieson (1988) ont proposé trois critères qui se répartissent sur une échelle de complexité articulatoire divisée en trois groupes : basique, élaboré et complexe. Une question liée à cette observation est de savoir s’il existe un optimum autour duquel se concentrent les systèmes phonologiques. Si tel est le cas comment l’expliquer ? Peut-on associer des familles linguistiques spécifiques avec des systèmes particuliers ou des sons spécifiques ?
Une explication possible à ce phénomène est que la dynamique (donc l’aspect temporel) et le nombre fini de gestes articulatoires qui se rencontrent dans les systèmes phonologiques constituent une source importante pour rendre compte de la diversité des sons. Le nombre fini de gestes et la variabilité temporelle de leur réalisation est à la base de la diversité des sons qui se rencontrent dans les langues naturelles. La variabilité temporelle des gestes, lorsqu’elle est associée à leur contrôle et à leur catégorisation, semble aller dans le sens d’une économie et pourrait expliquer pourquoi les systèmes phonologiques tendent à tourner autour d’un certain nombre de sons. Il est évident que d’autres facteurs, comme la perception et l’audition jouent un rôle dans ce phénomène, mais l’économie des gestes combinée à des facteurs perceptuels et auditifs jouent sans doute un rôle crucial pour expliquer la diversité observée des sons et des systèmes phonologiques. On aurait donc un ensemble fini de gestes dont les réalisations temporelles variables, potentiellement non limitées, et leur produit acoustique qui peut se décrire sous la forme de traits, permettent de réaliser une variété potentiellement non limitée de phonèmes, lorsqu’elles sont catégorisées dans un système phonologique donné. Il n’est donc pas étonnant, étant donné les contraintes qui agissent sur la production et la perception des sons, de retrouver des sons similaires dans des langues génétiquement distinctes, à différents endroits du monde et dans des systèmes de taille très variable.